Critiques

Désillusions — Lames posées

Des lames posées sur les textes qui m'ont déçue — classées par nom d'auteur, pour que la déception reste une affaire de méthode.

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La joie de subir

La Joie de vivre - Les Rougon-Macquart, tome 12 Désillusion

Zola, ce géant, ce forgeron de mots capable de bâtir les fresques les plus puissantes sur les fondations pourries de l'hérédité, m'a habituée à des destinées tragiques, certes, mais portées par des forces brutes, des appétits monstrueux et des ambitions dévorantes. Et que trouvons-nous ici ? Le portrait navrant de Pauline, un personnage principal absurdement gentil, sevré à la compote de résignation.

Se faire dépouiller avec le sourire par sa famille d'accueil n'est pas de la vertu, c'est une pathologie… J'attendais à tout moment qu'elle se réveille, qu'un semblant d'instinct de conservation surgisse enfin. En vain. Elle regarde son héritage fondre comme un bonbon dans l'eau, avec la passivité d'une agnelle menée à l'abattoir en rêvassant au loup.

Et quel est son horizon, son unique aspiration dans cette existence de ponctionnée ? Le mariage. Cet unique destin biologique… Épouser cette girouette de Lazare, pondre des enfants puis attendre la mort.

Zola, qui a pourtant créé des femmes fortes ou d'ambition, comme Gervaise de l'Assomoir ou Renée de la Curée, nous inflige ici une incapable. Même à l'époque, des femmes tenaient des salons, écrivaient, intriguaient, luttaient pour une parcelle de pouvoir ou de liberté. Pauline, elle, lutte pour offrir sa dernière pièce d'or et son cœur à son cousin qui compose une mauvaise musique sur le néant.

Ce qui sauve l'ouvrage, c'est l'écriture, évidemment. Zola reste Zola…

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nouty

10/09/2026

tu as sans doute raison !

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Balzac, ou la thèse que ses propres mots réfutent

Mémoires de deux jeunes mariées, de Honoré de BalzacDésillusion

Honoré de Balzac

Ah, les Mémoires de deux jeunes mariées, ce roman qui s'ouvre comme une promesse et s'achève comme une condamnation. Balzac, grand pourfendeur de conventions, se mue ici en geôlier de l'imagination féminine.

Louise de Chaulieu, au seuil du roman, est une merveille. Éduquée, orgueilleuse, consciente de sa beauté et de son esprit, elle écrit à son amie Renée qui envisage le mariage « Tu sors du couvent pour entrer dans un autre », vision lucide des noces comme institution carcérale. Mieux encore, elle proclame : « Nous naissons avantagées, nous pouvons choisir entre l'amour et la maternité », comme si elle entrevoyait cette vérité que nos sociétés modernes mettront deux siècles à digérer: La maternité n'est pas une fatalité mais une option, et la vie d'une femme peut être autre chose qu'un utérus ambulant.

Louise a une fortune personnelle, léguée par sa grand-mère et ses parents ne veulent pas la marier contre son gré. Imaginez un instant une jeune fille intelligente, riche, libre, dans la France de la Restauration. de quoi écrire une vie digne de Jane de la Vaudère, faite de voyages, d'amours choisies, d'indépendance intellectuelle et de liberté savourée… le roman de l'émancipation, quoi.

Mais non. Papa, qui trouve sans doute cette liberté indécente, lui propose de donner sa fortune à son frère. Et Louise accepte. Dès lors, c'est la soumission en cascade, elle se marie, elle veut volontairement sombrer dans le destin biologique avec la docilité d'une brebis menée à l'abattoir domestique.

Balzac, qui prétendait peindre la société, nous offre ici une véritable propagande nataliste déguisée en roman épistolaire. Écoutez-le plutôt : « Une femme sans enfants est une monstruosité », fait-il écrire. Et cet autre joyau : « Nous ne sommes faites que pour être mères ». Voilà comment il condamne la moitié de l'humanité à n'être que du bétail reproducteur.

Le pire, dans cette apologie de l'enfantement obligatoire, c'est que Balzac laisse échapper cette phrase terrible, mise dans la plume de Renée : « Une vraie mère n'est pas libre ». L'aveu est d'une clarté aveuglante. Et pourtant, au lieu d'en tirer la moindre leçon, au lieu de voir dans cette privation de liberté la raison même de résister, nos héroïnes poursuivent leur course vers l'abdication. Pendant que Renée enchaîne les grossesses et les affres qui vont avec : nuits blanches, corps déformé, épuisement, Louise, cette rebelle des premières pages, rêve du même marasme.

C'est à se demander si Balzac n'a pas reçu, la veille d'écrire la seconde partie, une visite nocturne de la Sainte Congrégation de l'Utérus Triomphant.

Car le scandale n'est pas que Louise épouse finalement un homme (ou deux) ni même qu'elle songe à avoir des enfants. le scandale, c'est qu'elle aurait pu ne pas le faire. Elle avait les armes, l'argent, l'intelligence, l'esprit pour rester libre. Elle avait cette intuition fulgurante que le mariage et la maternité sont un choix, non une obligation. Et qu'en fait-elle ? Elle les jette aux orties pour devenir ce que toutes les autres deviennent, le néant de l'individualité.

Merci Monsieur de Balzac, vous nous avez offert le plus beau plaidoyer contre votre propre thèse. Une lectrice attentive y trouvera toutes les raisons de ne jamais devenir l'une de vos deux mariées.

Balzac conçoit ce roman en dialogue intellectuel constant avec son amie George Sand, à qui il dédicace officiellement l'œuvre. Pourtant, dans l'intimité, Balzac confiera son penchant ironique pour la personnage le plus romanesque : « J'aimerais mieux être tué par Louise que de vivre longtemps avec Renée ». Evidemment !

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Une araignée sans fil

La Cousine Bette, de Honoré de BalzacDésillusion

Honoré de Balzac

On m'avait tant seriné, dans les cénacles et les critiques, que je tenais là le grand roman de la manipulation femelle, la mécanique implacable d'une parente pauvre distillant sa vengeance au compte-gouttes d'acide, que j'espérais une froidure d'âme à faire pâlir, une araignée de cour dont chaque mouvement du poignet eût été un nœud coulant. Quelle déception...

Bette n'est au fond qu'une rancune qui se ronge les sangs plus qu'elle ne ronge le monde. Elle ourdit, je veux bien, elle introduit Valérie Marneffe dans la place, elle encourage la perdition sénile du baron Hulot, elle tisonne la déchéance. Mais que son souffle est court … À peine a-t-elle posé la première pierre de son échafaud de ruines que la créature se retourne contre le créateur, et voilà la cousine dépossédée de sa propre machination… J'aurais voulu qu'elle fût le chef d'orchestre du désastre, la chorégraphe du déshonneur, et je n'ai trouvé qu'une souffleuse reléguée dans le trou du théâtre... Aller plus loin, plus fort, disloquer réellement la famille Hulot par une toile tissée de main de maître, empoisonner les racines de l'arbre généalogique, voilà ce que j'attendais d'elle.

Heureusement que Madame de Saint-Estève était là. Ah ! voici enfin la femme sans épithète morale, le scalpel à mains nues ! Cette Nourrisson qui propose le crime avec le même flegme qu'un épicier vend son savon, quel personnage ! Elle ne venge rien, elle n'aime rien, elle calcule. J'aurais voulu tout un livre sur les œuvres de cette femme, une fresque du crime domestique organisé comme une partie d'échecs, où elle eût été la reine sans scrupule, dévorant le damier pièce après pièce.

Quant à Adeline Hulot, Balzac nous la présente comme la perfection faite femme, l'épouse angélique, la madone du foyer. Je ne vois qu'un paillasson mystique, une créature dont la vertu mène à l'effacement total de sa personne. Se laisser piétiner, pardonner, vider ses tiroirs pour couvrir les dettes d'un débauché sénile, appelez cela sainteté, je l'appelle une faillite de l'amour propre. Cette femme n'est pas admirable, elle est pathologique. Et que Balzac l'érige en modèle me révèle trop bien qu'il aime les femmes couchées, dont la docilité ne dérange jamais le plan d'un chapitre, et qu'il expédie en trois lignes les femmes debout, comme on écarte un meuble qui gêne le passage dans l'antichambre de son oeuvre.

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Ce n'est pas toi, c'est moi

Les Fleurs du Mal, de Charles BaudelaireDésillusion

Charles Baudelaire

Adepte inconditionnelle de la littérature sombre, cherchant toujours à plonger plus profondément dans les abîmes de l'âme humaine, j'étais persuadée que Les Fleurs du Mal de Baudelaire pourrait me réconcilier avec la poésie, genre qui m'a toujours laissée de marbre. Si ce recueil ne parvenait pas à me séduire, alors aucun autre ne le pourrait.

Hélas, force est de constater qu'aucun ne le peut. Et j'en suis consternée.

Je suis parfaitement consciente que le blocage vient de moi, et non de Baudelaire. Pourtant, cette lucidité n'atténue en rien ma frustration. J'ai eu l'impression de me prendre les pieds dans des ronces, de trébucher à chaque vers, et de m'engluer dans un marais de métaphores qui ne m'évoquent rien.

J'aurais dû prévoir une possibilité de publier une critique sans être obligée de noter le livre, car je sais que mon opinion négative n'est due qu'à mon hermétisme.

En refermant ce recueil, j'ai été saisie par une amère certitude : Baudelaire, avec tout son génie, a réussi à me convaincre que ce genre n'est tout simplement pas pour moi. Les fleurs, même celles du mal, ne sont décidément pas mon affaire.

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nouty

10/09/2026

tu vas te faire des ennemis ...

Charlotteauxlettres

12/09/2026

On n'en a jamais assez !

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Le style sans audace

Agnès Grey, de Anne BrontëDésillusion

Anne Brontë

Dans cet ouvrage, nous suivons les aventures d'Agnes qui va occuper deux postes successifs de gouvernante auprès de familles bourgeoises du nord de l'Angleterre, au début du XIXème.

Agnes est la narratrice et on lit sa vie comme dans un journal intime. Nous n'avons donc accès qu'à son point de vue.

L'autrice voudrait que l'on partage ses sentiments désaprobateurs envers le comportement de la bourgeoisie en dépeignant des enfants insupportables, mais aussi pénibles et irritants soient ces rejetons, je n'ai ressenti aucune empathie pour Agnes, qui est une bigote fade, sans aucune aspérité.

Sa romance avec un homme de foi est attendue, complètement prévisible, sans surprise et sans intérêt. Deux personnes simples, basiques, lisses, presque niaises qui construisent une histoire à leur image…

Je comprends qu'Agnès n'était pas dans une position propice à l'affirmation de soi, je suis bien consciente que venant de sa classe sociale, a fortiori au XIXème, elle ne pouvait pas se permettre d'envoyer promener ouvertement les bourgerois, mais il aurait été bien plus intéressant de la voir manipuler son entourage en coulisses pour améliorer sa condition.

J'entends ci et là qu'une telle critique est anachronique, pourtant on a déjà vu moult personnalités historiques et nombre de personnages en littérature qui étaient bien plus affirmés et qui étaient sortis (officiellement ou non) de l'endoctrinement religieux, si défavorisés socialement soient-ils.

Au lieu de cela, elle subit les situations et s'impose à elle-même une vie bien basique… On sent que l'autrice voudrait parfois nous la dépeindre comme rebelle mais c'est un échec lamentable, même pour la période. Non seulement Agnes accepte les normes morales et sociales de l'époque, mais en plus, elle les approuve, et tout l'enjeu est là. Qu'elle s'y résigne, soit, on comprend aisément qu'elle puisse difficilement faire autrement mais qu'elle les approuve en fait un personnage inintéressant.

Un personnage, une des filles dont Agnes avait la charge aurait pu être bien plus exploité. Son caractère est très affirmé, elle défie les normes et s'amuse avec les hommes arrivée à l'âge adulte. Agnes n'approuve pas du tout son comportement et l'autrice essaie tant bien que mal ne nous mener au même constat que la gouvernante, mais ça n'a pas fonctionné du tout sur moi.

J'attendais beaucoup de la visite d'Agnes à cette jeune femme une fois celle-ci établie dans sa vie de propriétaire de domaine, mais il n'est absolument rien ressorti de ce voyage. Ce passage du livre aurait été une occasion d'émanciper les deux femmes, mais l'autrice a préféré nous laisser les regarder s'enliser dans ce que la société avait prévu pour chacune d'elles: L'existence dans l'opulence avec un mari méprisant pour l'une et l'existence basique (et ennuyeuse) des petites gens avec un mari dévoué pour l'autre.

La conclusion voudrait nous faire croire que l'amour simple, sans intérêt financier est celui qui conduit au bonheur, et que les relations matérielles conduisent au malheur mais l'autrice ne m'a absolument pas convaincue puisqu'aucune n'est deux femmes ne mène une vie intéressante.

« Il se marièrent et eurent beaucoup d'enfants » me faisait déjà bondir quand j'avais quatre ans et qu'on me lisait des contes, j'attends un peu plus de la littérature que de la propagande pour ce qui est à la portée du plus plat des humains.

Je mets tout de même trois étoiles à ce roman car le style est très agréable et il s'agit d'un témoignage presque historique de ce que pouvait être la vie à l'époque victorienne.

Ce roman se lit bien, malgré quelques longueurs et des passages moralisateurs pénibles. Je lirai certainement l'autre roman de l'autrice en espérant y trouver quelque chose de plus corrosif.

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Goethe mérite le détour, Werther le raccourci

Les Souffrances du jeune Werther, de Johann Wolfgang von GoetheDésillusion

Johann Wolfgang von Goethe

Je savais, avant même de commencer ce livre, que j'allais passer un mauvais moment. Je l'ai ouvert poussée par cette forme d'ascèse culturelle qui en fait un monument. Je pressentais que Goethe allait me faire souffrir et j'ai effectivement souffert autant que Werther, mais à cause de lui.

Werther incarne ce que la sensibilité romantique a produit de plus exaspérant pour moi, à savoir une complaisance inouïe dans sa propre souffrance. Charlotte, elle, incarne l'archétype littéraire que j'exècre le plus, la femme douce, mignonne, sans aspérités, dont la principale occupation est son amour inconditionnel pour les enfants, qui, comble de l'horreur, le lui rendent bien. C'est l'agneau sacrificiel par excellence, celle qui élève ses frères et soeurs après la mort de sa mère, celle qui ne bronche pas, qui ne désire rien pour elle-même. Un personnage si lisse qu'il en devient transparent. Albert, le fiancé puis mari, achève de transformer ce qui aurait pu être un drame en une interminable scène de salon. Là où j'aurais pu espérer des noces noires, de la rivalité souterraine, je n'ai vu que des garçons sans envergure autour d'une jeune fille sans ambition.

Reste la prose de Goethe. Cette langue fluide et précise, capable de rendre compte des mouvements les plus infimes de la conscience. Si Goethe n'avait pas écrit cette prose lumineuse, son Werther ne serait qu'un cas clinique parmi d'autres. C'est parce qu'il l'a magnifié que l'oeuvre traverse les âges, et c'est pour cette seule raison, culturelle, presque anthropologique, que je ne regrette pas de m'y être confrontée. J'ai détesté Werther tout en reconnaissant que Goethe, lui, mérite le détour. Mais quel détour.

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nouty

10/09/2026

si tu démarres la lecture déçue .... le résultat est peu surprenant !

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Le mystère sans drame

Dans la mansarde, de Marlen HaushoferDésillusion

Marlen Haushofer

Je finis ce roman avec une certaine lassitude, car j'ai l'impression d'avoir lu du vide enrobé de mystère. L'autrice nous promet un mystère, un "événement" fondateur, un drame qui expliquerait la fêlure de son héroïne. Elle oppose le fils, qui a "connu la vie d'avant", à la fille, qui ne sait rien. le suspense est installé, la curiosité éveillée... pour finalement nous servir pas grand chose.

Le personnage principal, que je trouve exaspérant, est le réceptacle de tous les clichés misogynes qu'elle répète sans distance critique. Elle est l'épouse soumise, cantonnée à l'espace domestique pendant que son mari, Hubert, domine. Cette posture n'est jamais interrogée par le personnage, ce qui la rend non pas touchante, mais profondément agaçante.

La mansarde est censée être son refuge, mais elle est aussi le symbole de sa relégation volontaire, elle qui avait été envoyée en exil par son mari quelques années auparavant…

X est un homme étrange que la narratrice rencontre dans la forêt pendant son exil. Il a un besoin viscéral de parler, de se confier, et il trouve en elle la confidente parfaite (pour une raison que je ne dévoilerai pas), elle qui ne peut pas trahir ses secrets. Pour une fois, c'est elle qui a le pouvoir, qui scrute, qui observe cet homme qui se livre sans filtre. L'anonymat de X, son nom réduit à une lettre, renforce son caractère d'archétype, de figure dangereuse et libre qui contraste violemment avec l'univers banal et étouffant de la narratrice. Il incarne tout ce que sa vie n'est pas, l'étrangeté, la rupture, l'indicible.

Mais voilà le drame, Haushofer n'en fait presque rien. X apparaît, intrigue, disparaît. On sent qu'il pourrait être la clé d'une plongée vertigineuse dans la psyché de la narratrice, la preuve qu'elle a vécu quelque chose de véritablement hors-norme, une inspiration pour rompre avec sa vie de soumission, de banalité, de platitude… Mais rien.

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La niaise et le code civil

Un Dilemme, de Joris-Karl HuysmansDésillusion

Joris-Karl Huysmans

Ce court récit est écrit dans une période de transition esthétique où l'auteur s'éloigne progressivement du naturalisme strict de Zola.

J'ai entamé la lecture d'Un dilemme de Huysmans après avoir entendu vanter l'intensité de son intrigue, centrée sur un dilemme atroce et diabolique auquel une femme se trouve confrontée. On m'avait promis une plongée dans les tourments psychologiques et moraux d'un personnage féminin luttant pour s'en sortir. Malheureusement, je n'ai trouvé ni l'atrocité ni la diablerie annoncées.

L'histoire met en scène une femme enceinte qui, après la mort de son concubin, se voit confrontée à un choix par la famille du défunt : soit elle accepte de se présenter comme une simple domestique, ce qui lui permettrait de recevoir une modeste compensation financière pour ses bons et loyaux services, soit elle revendique son statut de concubine, au risque de ne rien obtenir, la loi ne reconnaissant pas de droits.

Personnellement, je n'y ai pas perçu la dimension tragique ou machiavélique que l'on m'avait laissé espérer. Il s'agit davantage d'une application froide et implacable des règles juridiques, sans manipulation ni manigance particulière. La famille du défunt agit de manière pragmatique, refusant de partager l'héritage avec une femme à qui rien n'est dû selon la loi.

Loin de susciter en moi de l'indignation ou de la compassion, cette situation m'a laissée indifférente. La protagoniste, qui a placé sa sécurité financière entre les mains d'un homme, me semble responsable de son propre sort. Certes, il est plus facile de juger au XXIème siècle, mais quelle que soit l'époque, y compris dans l'Antiquité, certaines femmes ont su préserver leurs intérêts et ne pas s'en remettre à autrui pour vivre. C'est donc la preuve que cela a toujours été possible.

Le récit n'a pas réussi à me toucher, ni à provoquer en moi la moindre empathie pour le personnage principal. Elle reste niaise du début à la fin, se comportant comme un plot plutôt que comme une figure intelligente ou complexe. On ne peut rien espérer avec un tel comportement, quel que soit le siècle.

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Quand le vice s’endort dans les digressions

Lolita , de Vladimir NabokovDésillusion

Vladimir Nabokov

Des années que je le gardais sous le coude, ce livre. En ayant entendu tellement de bien de la part de grands lecteurs de classiques dont j'apprécie d'ordinaire les recommandations, j'en avais différé la lecture pour en aiguiser le frisson. On m'avait promis l'abîme. le verbe enjôleur d'un prédateur, un génie du mal ourdissant sa toile avec la précision d'un Machiavel de la pédophilie. J'imaginais des chapitres comme des pièges, une narration perverse où la beauté du style me rendrait complice malgré moi, jusqu'à l'écœurement. J'attendais la messe noire de la littérature et j'ai finalement eu l'impression de lire le guide Michelin.

Ne nous méprenons pas. La déception n'est pas morale, Dieu merci, mon éthique est aussi souple qu'une acrobate décadente. Elle est technique. Elle est romanesque. Humbert Humbert, malade, esthète de province, professeur, amant pathétique, et surtout, surtout, raseur de compétition mondiale. C'est là que le bât blesse, et que Nabokov, ironiquement, a rendu le monstre soporifique.

Humbert est un génie, certes. Un génie de l'introspection alambiquée, de la digression psychédélique, du calembour polyglotte. Son esprit est un palais baroque, chaque pièce plus tarabiscotée que la précédente. Mais dans ce palais, l'intrigue s'essouffle à errer en robe de chambre. Où est la toile machiavélique ? Humbert ne tisse pas, il subit sa paraphilie. Il ne manipule pas avec l'acier froid d'un génie du mal, il geint, il transpire, il se lamente sur sa libido captive comme un poète maudit. le mal est dans les marges, le bavardage occupe le centre.

Quant à la plume… Les fameuses fulgurances ! Il y en a, c'est indéniable. Nabokov jongle avec les langues, il s'amuse de la syntaxe, il arrache des frissons stylistiques qui, l'espace d'une phrase, fait croire que l'on tient le chef-d'œuvre absolu de la subversion esthétique. Mais ces éclairs sublimes sont noyés dans un potage composé d'un guide du routard de l'Amérique des motels et d'une encyclopédie botanique de la Nouvelle-Angleterre, entre autres longueurs rébarbatives… C'est la victoire de l'adjectif sur le vice.

J'attendais un esprit dangereux, j'ai rencontré un cœur pourri, ce qui est infiniment moins distrayant.

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Trois femmes incapables

Trois femmes puissantes, de Marie NDiayeDésillusion

Marie NDiaye

Trois femmes puissantes ? Trois femmes vaincues, oui… Ce titre est un mensonge, un leurre, une escroquerie intellectuelle. Trois femmes puissantes, dites-vous ? Allons donc. Trois femmes écrasées, trois femmes définies, limitées, étranglées par des hommes, voilà ce que nous offre Marie Ndiaye.

Norah, d'abord. Cette femme, que l'on voudrait croire héroïne, passe son existence à courir après l'approbation d'un père qui n'en a cure et d'un frère qui n'a jamais rien fait pour elle. L'autrice essaie de nous la faire paraître indépendante, car elle a fait des études mais les faits sont là, elle reste finalement bien soumise au clan ; elle n'est que la domestique de la biologie, la victime consentante de liens dont elle ne cherche jamais à s'affranchir. Elle rapplique dès que son père l'appelle et va sauver son frère plutôt que de vivre pour elle-même. En plus de cela, elle a sombré dans son destin biologique, se traîne un homme inutile, un boulet sans ambition dont elle entretient même l'enfant, le tout sans une once de révolte. La puissance, chez elle, c'est de savoir encaisser les coups sans broncher. Si c'est cela, la puissance, alors les victimes de tous les régimes totalitaires étaient des géants.

Fanta, ensuite. Mais Fanta existe-t-elle seulement ? Dans le récit, elle n'est que l'ombre de son mari, ce Rudy Descas, dont la médiocrité serait presque risible si elle n'engloutissait pas toute la partie qui devrait être consacrée à Fanta. Elle a donné une progéniture à un homme qui ne sait même pas gérer ses propres émotions. Alors, certes, elle semble détachée émotionnellement de lui, mais encore une fois, les faits sont là, elle reste avec lui et le subit. Et où est-elle, elle ? Où est sa pensée, son désir, sa colère ? Absorbés, digérés, neutralisés par ce mari falot qui, lui, a au moins le privilège d'avoir une intériorité.

Khady Demba, enfin. Elle ne rêve que d'une chose, enfanter, comme si le ventre était l'unique horizon de la condition féminine, comme si la matrice était un champ de bataille digne du nom. Elle aussi donne un pouvoir disproportionné aux hommes… Son mari d'abord, puis un autre, qui va bien évidemment la trahir puisque rien de bon ne peut arriver aux femmes qui ne savent pas vivre par elles-mêmes et pour elles-mêmes.

Le plus consternant dans cette fresque de la défaite, c'est la misogynie tranquille qui l'habite. Ndiaye semble croire, naïvement ou perfidement, que la puissance d'une femme se mesure à sa capacité d'endurance, à sa soumission aux lois du sang et du mariage, à son sacrifice final sur l'autel de la reproduction.

J'aurais presque pu croire qu'une telle succession de clichés misogynes avait été écrite par un homme (par exemple l'abondant voisinage féminin qui permettait à une des personnages d'écouler plus facilement ses "brochures angéliques"… les femmes, ces crédules, ces pauvres esprits faibles, sont les proies favorites de la sottise mystique. Merci, Madame Ndiaye, pour ce magnifique portrait des femmes peintes en troupeau de brebis gavées d'inepties).

Certes, il y a de belles phrases. Il y a des fulgurances, des éclairs de style et d'esprit, mais ce n'est pas suffisant pour moi pour y voir un chef-d'œuvre. le prix Goncourt ne doit pas être une consécration du conformisme déguisé en audace. Marie Ndiaye veut nous faire croire que c'est le paroxysme de ce qu'une femme peut atteindre en termes de puissance ? Heureusement que d'autres autrices et auteurs nous ont fait la démonstration que les femmes peuvent dominer leur vie et leur entourage et, ce faisant, ont réellement rendu hommage à la puissance féminine.

Il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas voir que ce roman, sous ses airs de tragédie, n'est qu'un éloge funèbre de la résignation, une ode au renoncement de l'individualité, un bréviaire de la défaite, le tout emballé dans un papier-cadeau élégant. Mais le papier-cadeau ne fait pas le cadeau, et le Goncourt ne fait pas le génie.

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Raoule et Jacques : le genre en procès

Monsieur Vénus, de RachildeDésillusion

Rachilde

J'avais lu que l'autrice s'était affranchie de toutes les injonctions de la société, notamment celles concernant le genre, tout en refusant de se dire féministe. J'en avais déduit qu'elle avait dû tout réussir par ses propres moyens pour n'avoir rien à revendiquer pour elle-même, et qu'elle devait être assez égoïste pour ne formuler aucune réclamation en faveur des autres. Conquise par cette personnalité que j'avais imaginée pour l'autrice, je pensais ne pouvoir qu'aimer ses écrits.

J'ai choisi Monsieur Vénus pour découvrir sa plume, mais je regrette de ne pas avoir été entièrement subjuguée par le texte. Peut-être avais-je trop d'attentes, ce qui, comme souvent, conduit à la déception.

J'ai tout de même apprécié suivre les aventures de Raoule avec son amant efféminé, avec qui elle va échanger les rôles que leur genre respectif voudrait leur attribuer. Les critiques de l'époque ont été choquées par la « diabolique » Raoule, qui a valu un procès à Rachilde ; mais je n'ai vu qu'une femme affirmée qui utilise les hommes pour satisfaire ses désirs. Rien de bien subversif de nos jours, heureusement. Elle s'amuse avec les genres, devient homme quand elle en a envie, et c'est un plaisir de voir évoluer une femme libre dont les passions sont l'escrime, le tir au pistolet et l'assouvissement de ses caprices, dussent-ils déshonorer sa famille.

Ce fut une lecture agréable, parsemée de fulgurances, mais je reste mitigée sur l'ensemble, que j'ai trouvé parfois décousu et peu réaliste, notamment dans sa conclusion. Rachilde manie une plume tout en finesse, parfois évasive, et je ne suis pas certaine d'avoir toujours su en déchiffrer toute la subtilité.

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Le comte et les béats

Dracula, de Bram StokerDésillusion

Bram Stoker

J'ai été captivée par la première partie du roman. On découvre Dracula, on comprend ses intentions au fil des pages, on rencontre un comte vampire majestueux, intelligent, cultivé, calculateur, diabolique et captivant.

On suit Jonathan qui comprend au fil des jours qu'il est piégé chez ce personnage sombre et qui relate les événements dans son journal.

Et puis, vient la seconde partie. Là, on suit le groupe de proches de Jonathan qui vont se lancer à la poursuite de Dracula pour l'éliminer. Au nom du ciel éternel, quel ennui…

Ce groupe de personnes est ennuyeux au possible, les personnages sont sans aucune aspérité. Des béni-oui-oui bigots insupportables, niais et liés par des sentiments larmoyants et pitoyables… le malheur de l'un fait le désespoir de l'autre, l'empathie est surjouée, ce qui rend le récit d'une lourdeur franchement laborieuse.

Le récit en devient long malgré des procédés stylistiques de génie (on lit des extraits de journaux intimes, des coupures de presse, des courriers ou encore des télégrammes).

Et quel sort réservé à Dracula au dénouement du livre… Je ne peux pas me résoudre à accepter que Bram Stoker ait donné vie à un personnage aussi grandiose pour le livrer en pâture à des êtres aussi insipides… Quel gâchis.

La fin m'a profondément irritée, le comte méritait un tout autre traitement.

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La luxuriance bavarde

La faute de l'abbé Mouret (Rougon-Macquart tome 5), de Emile ZolaDésillusion

Emile Zola

Je n'en reviens toujours pas d'avoir à l'écrire, mais La Faute de l'abbé Mouret d'Émile Zola est sans conteste l'un des pires livres de ma vie, ex aequo avec Cent ans de solitude de Garcia Marquez.

Moi qui place La Conquête de Plassans au sommet de mon panthéon, ce chef-d'œuvre d'efficacité et de tension politique , je suis restée pantoise devant ce tome de la même série des RM.

L'idée, en théorie, pouvait séduire : une réécriture du mythe du Jardin d'Eden. Serge Mouret, prêtre, oublie son sacerdoce et vit une histoire d'amour idyllique avec Albine dans le Paradou. Zola nous inflige, pour métaphore de cet amour, une succession de descriptions interminables de la végétation. Des pages et des pages où il ne se passe rien. Là où les descriptions de Zola servent habituellement l'ambiance, elles deviennent ici un ennui mortel. On s'enfonce dans une luxuriance bavarde qui n'apporte rien à l'intrigue, sinon le sentiment que l'auteur lui-même s'est perdu dans son propre jardin.

J'ai terminé ce livre en le lisant en diagonale, laborieusement et sans aucun plaisir.

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nouty

10/09/2026

mais c'est la marque de zola d'être descriptif, souvent à en être ennuyeux et oublier l'intrigue du roman ...

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Les lames restent posées, jamais jetées — la déception fait partie du dialogue.